Industries
Dans de nombreuses industries, agroalimentaire, pharmaceutique, chimie, les poudres sont stockées dans des trémies ou des silos avant d’être acheminées vers les lignes de production. Ces équipements paraissent simples, mais leur mauvais dimensionnement peut bloquer tout un procédé : la poudre s’immobilise, forme des ponts ou des tunnels, et l’écoulement s’arrête.
Cette étude porte sur le dimensionnement de trémies adaptées à quatre poudres aux comportements très différents : le carbonate de calcium (CaCO3), le dioxyde de titane (TiO2), la silice et une poudre d’origine végétale. L’objectif est double : garantir un écoulement régulier en masse (premier entré, premier sorti) et éliminer les zones mortes où la matière s’accumule sans bouger.
Pour y parvenir, trois mesures rhéologiques ont été réalisées sur chaque poudre :
- Un test de friction à la paroi : comment la poudre glisse-t-elle sur la surface du silo ?
- Un test de cisaillement : à partir de quelle contrainte la poudre se met-elle en mouvement ?
- Un test de compressibilité : comment la poudre se tasse-t-elle sous son propre poids ?
Ces données, combinées à la méthode analytique d’Andrew Jenike, ont permis de calculer pour chaque poudre l’angle optimal des parois θ’ et le diamètre minimum de sortie (Bmin) garantissant un écoulement sans blocage.
Les trémies et silos sont largement utilisés dans le stockage des poudres. Bien qu'ils soient souvent considérés comme des systèmes simples, ils sont responsables de nombreux problèmes d'interruption des processus lorsque l'on essaie de déplacer une poudre du stockage vers les différentes étapes d'une ligne de production ou de remplissage. Si la géométrie de la trémie et la surface de l'équipement ne sont pas optimisées compte tenu des propriétés de la poudre, l'écoulement depuis la trémie peut être variable, voire inexistant. Du point de vue du contrôle du processus, anticiper les caractéristiques d’écoulement de la poudre peut aider à éviter les redoutables éraflures de marteau sur les trémies, ou l'effondrement accidentel de la trémie.
La formation d'une arche ou d'un pont est une situation d'arrêt de l'écoulement où la poudre crée un pont au-dessus de la sortie (Figure 1_a), empêchant complètement l'écoulement. Le trou de rat est une autre situation d'arrêt de l'écoulement qui se produit lorsque le matériau directement au-dessus de la sortie s'écoule, mais que le reste de la masse de poudre, plus proche des parois, ne s'écoule pas, créant un tunnel et des zones mortes (Figure 1_b et d). L'effondrement et le débordement incontrôlés de la poudre peuvent également poser problème.
Dans certaines conditions, notamment pour les poudres périssables, il est préférable d'obtenir un écoulement en masse (Figure 1_c), où la première poudre entrant dans le silo est la première à être évacuée.
Figure 1 : exemple d’arrêt d’écoulement (a et b) et les types d’écoulement (c et d) des poudres à partir d’une trémie.
L'angle des parois de la trémie (θ’) et le diamètre minimum de la sortie de trémie (B) sont deux dimensions physiques prises en compte lors de la conception d'une trémie. Ces données sont déterminées expérimentalement à l'aide des mesures rhéologiques : tests de cisaillement, de frottement sur la paroi et de sa compressibilité dans le but de simuler les contraintes subies par une masse de poudre au fond d'une trémie ou d'un silo.
Cas d’étude de dimensionnement de trémies permettant de stocker quatre différentes poudres et minimisant les zones mortes : CaCO3, TiO2, Silice et une poudre végétale.
Test de friction à la paroi
L'interaction d'une poudre avec les parois de son contenant, que ce soit dans un silo ou sur les surfaces d'une trémie, peut avoir un impact très important sur sa facilité de distribution, d’où l’intérêt de connaitre le comportement de la poudre avec son contenant.
Le test de friction à la paroi consiste à soumettre un volume connu de poudre à une contrainte de consolidation définie. La poudre est ensuite soumise à un cisaillement à l’aide d’une cellule à surface lisse jusqu'à ce que le plan lisse glisse sur la poudre pour donner une indication de la friction de la poudre. Cette valeur peut être reliée à un angle auquel une poudre, sous une contrainte normale définie, glisse.
D'après nos résultats, il semble que la poudre de TiO2 génère le frottement le plus élevé. La poudre végétale glisse le plus facilement sur la surface du plan utilisé et donc à un frottement à la paroi significativement plus faible.
Figure 2 : évolution de l’angle de friction lors du test de friction à la paroi.
Test de cisaillement
Un test de cisaillement est similaire en conception à un test de frottement à la paroi, mais utilise plutôt une cellule de cisaillement à ailettes au lieu d'un plan lisse pour cisailler la poudre dans son volume. La cellule de cisaillement applique une contrainte de consolidation sur un volume connu de poudre, ensuite applique un cisaillement croissant jusqu'à ce que la poudre rompe et que l'écoulement soit obtenu. Une fonction d'écoulement de la poudre est obtenue (Figure 3), caractérisant la résistance à la déformation d'une poudre en fonction de la contrainte de consolidation. Plus la pente de la courbe est faible, plus la poudre s'écoule librement.
Dans cet exemple de comparaison de 4 poudres, nous pouvons voir que lorsque la contrainte de consolidation augmente, le TiO2 et le CaCO3 deviennent moins fluides, nécessitant des contraintes de cisaillement plus élevées pour s'écouler que la silice et la poudre végétale.
Figure 3 : fonctions d’écoulement des poudres étudiées.
Test de compressibilité
Une poudre hautement compressible peut présenter des problèmes de distribution de masse ou de volume variables lorsque les niveaux de remplissage et donc les contraintes normales dans la trémie changent. Dans notre comparaison (Figure 4), la poudre de TiO2 a la plus haute densité en vrac, suivie par la poudre végétale, le CaCO3 et enfin la poudre de silice ayant la plus faible densité en vrac. Toutes les poudres montrent un certain niveau de compressibilité sur la plage de contraintes de consolidation appliquées qu’il faut prendre en considération lors du dimensionnement.
Figure 4 : évolution de la densité en fonction de la consolidation lors du test de cisaillement.
Dimensionnement
À partir des mesures rhéologiques et les analyses de Andrew Jenike, nous avons calculé les dimensions d’un silo pour assurer un écoulement régulier en masse et d’éviter la formation d’une arche (Figure 5).
Figure 5 : résultats du dimensionnement du diamètre minimum de la sortie de trémie pour éviter la formation d’une arche et de l'angle des parois de la trémie pour assurer un écoulement en masse.
Dimensionnement
Dans le cas où l’angle des parois de la trémie n’est pas assez raide (supérieur à l’angle calculé) ou que le frottement est suffisamment élevé pour ne pas permettre l'écoulement le long de la paroi, l’écoulement central ou l’écoulement en entonnoir qui se termine par un arrêt d’écoulement par formation d’un trou de rat devient un potentiel risque.
Une minute pour comprendre
Objectif
Dimensionner des trémies pour 4 poudres industrielles (CaCO3, TiO2, Silice, Poudre végétale) en garantissant un écoulement en masse sans zones mortes.
Méthode
- 3 tests rhéologiques réalisés sur chaque poudre : friction à la paroi, cisaillement et compressibilité.
- Calcul des paramètres de dimensionnement via la méthode Jenike : angle des parois (θ’) et diamètre minimum de sortie (Bmin).
Résultats clés par poudre
- TiO2 : friction la plus élevée, fluidité la plus faible avec le CaCO3, nécessite la trémie la plus contraignante : parois très inclinées, grande ouverture.
- CaCO3 : fluidité qui se dégrade fortement avec la consolidation, risque élevé de formation d’arche si le Bmin n’est pas respecté.
- Silice : bonne fluidité, densité en vrac la plus faible, dimensionnement moins contraignant, mais compressibilité à surveiller.
- Poudre végétale : friction la plus faible, glissement facile sur les parois, la plus simple à faire s’écouler, avec une densité en vrac intermédiaire.
Point de vigilance
- Si l’angle des parois est trop faible ou si le frottement est trop élevé, le risque de trou de rat ou d’écoulement en entonnoir devient critique, notamment pour le TiO2 et le CaCO3.
- Toutes les poudres présentent une compressibilité non nulle : le dimensionnement doit impérativement en tenir compte pour éviter les variations de masse distribuée en fonction du niveau de remplissage.





